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L’improbable union de la lune et du soleil
L’année de 364 jours est plus juive qu’il n’y paraît

Qui dit calendrier juif pense immédiatement au calendrier lunaire ou luni-solaire, mais la réalité historique s’avère plus complexe.
L’existence d’un calendrier proche du calendrier solaire est attestée dès la période du second temple. Elle est rapportée depuis longtemps par certains textes des écrits intertestamentaires (ou pseudépigraphes), en particulier le livre d’Hénoch et celui des Jubilées où l’on peut lire : « Et toi, ordonne aux enfants d’Israël de garder aux années ce nombre de trois cent soixante-quatre jours qui forment une année complète… Il y en aura qui observeront attentivement la lune, mais elle trouble les saisons, elle a dix jours d’avance sur chaque année » (Jubilées 6,32-36).
On a longtemps émis l’hypothèse qu’il s’agissait là d’une construction théorique et littéraire n’ayant jamais été appliquée. La découverte des manuscrits de la Mer morte a battu en brèche cette théorie et démontré qu’une partie du peuple juif de l’époque avait bel et bien adopté ce comput. C’est en particulier évident pour la secte du Yachad (secte de la communauté) que nombre de chercheurs assimilent aux Esséniens.
De quel calendrier s’agit-il ? D’une année de 364 jours, divisée en quatre saisons qui comportent chacune deux mois de 30 jours suivis d’un mois de 31 jours. Cette construction est attrayante à bien des égards. Symbolique tout d’abord, puisque qu’on y retrouve une division de 13 semaines par trimestre, ainsi qu’un nombre de jours qui respecte la division par sept (7 x 52 = 364) chère à la tradition biblique. Pratique aussi, avec des dates qui, chaque année, correspondent aux mêmes jours de la semaine. Le début du premier mois, équivalent du 1er Nissan, mais aussi le jour de Soukoth et celui du Yom Hazikaron (notre Rosh Hashana) tombent toujours un mercredi. Pourquoi un mercredi ? Car c’est en ce jour, le quatrième, que dans le récit de la Genèse, Dieu dit : "Qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel, pour séparer le jour d’avec la nuit ; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années " (Gen. 1,14).
Le lien avec le calendrier lunaire n’était pas négligé pour autant et pouvait se faire en instituant un cycle de trois ans qui permettait une coïncidence entre les deux à condition d’ajouter un mois intercalaire à ce dernier : 3 x 364 = 1092 = 3 x 354 + 30. Reste que le calendrier qui avait l’apparence de suivre le cycle solaire en différait d’une journée un quart par an, ce qui était connu des astronomes de l’époque et avait pour conséquence de provoquer (comme d’ailleurs le calendrier lunaire) un décalage qui, à terme, aurait empêché les fêtes à caractère agricole d’être célébrées en leur saison, celles des moissons, des prémices… Faute de documents écrits, nul n’est en mesure d’expliquer autrement que par des hypothèses par quel moyen cette différence était comblée (ajout d’un mois ? de semaines ?).
Détail curieux : un passage de la Torah semble témoigner d’un rapport avec le calendrier de 364 jours. C’est en effet le temps qui sépare l’entrée de Noé dans l’Arche, le dix-septième jour du deuxième mois (Gen. 7 : 11-13) de sa sortie le vingt-septième jour du deuxième mois de l’année suivante (Gen. 8 : 14-18). De là à déduire que l’année de 364 jours était connue à une période reculée de l’histoire juive, peu de savants souscrivent à cette éventualité.
Une question demeure, peut-être la plus intéressante : le choix d’un temps régi par le soleil ou la lune répond-il à une conception différente de la marche du monde, a-t-il des implications théologiques ? En l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de l’affirmer. Mais, tout comme la découverte des manuscrits de Qumran a éclairé les Esséniens d’un jour nouveau, de nouveaux écrits, non encore découverts, pourraient nous donner, un jour, la clé de cette rivalité des astres.
Jean-Jacques Wahl

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