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Le shabbath insurgé

 

Tikkoun olam, justice sociale et développement durable

 

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Des agriculteurs de Ein Ganim posent, en 1923, au cours d'une journée de travail dans le verger de Har-Shemesh.

 

Dans une civilisation où la ressource humaine était le bien premier, celui qui permettait d'évaluer la fortune de son voisin, celui qui était l'objet même de cette fortune, les Hébreux obéirent à un ordre séditieux, celui du repos hebdomadaire, de l'inactivité, voire de l'oisiveté, le shabbath.
 

"Car en six jours l'Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et Il s'est reposé le septième jour : c'est pourquoi l'Éternel a béni le jour du repos et l'a rendu saint", explique l'Exode, tandis que le Deutéronome prescrit : "Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que l'Éternel, ton Dieu, t'en a fait sortir à main forte et à bras étendu : c'est pourquoi l'Éternel, ton Dieu, t'a ordonné d'observer le jour du repos".

S'il est bien question de sainteté dans l'Exode, il s'agit de celle du repos divin, mais nulle référence n'est faite à un jour de culte pour les hommes : le shabbath est avant tout un jour de calme, de nonchalance récompensant six jours d'ardeur à l'accomplissement de sa besogne. Le shabbath est le jour donné par Dieu comme un cadeau aux enfants d'Israël sortis de l'esclavage en Égypte. Une révolution sociale qui prend une dimension universelle et protectrice, transgressant les ordres de classes : "Tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne, ni aucune de tes bêtes, ni l'étranger qui est dans tes portes, afin que ton serviteur et ta servante se reposent comme toi".

Code du travail

Ce souci de justice sociale (ou équité sociale) est renforcé par une exigence première : "Six jours, tu travailleras, et tu feras tout ton ouvrage". Le repos n'est que le fruit de l'ouvrage, de "tout" l'ouvrage, ce qui est interprété par Yéhuda HaNassi comme : "Israël a reçu l'ordre de travailler". Et par cet ordre premier est posée la base d'une loi (d'un droit) qui, pour prescrire un repos hebdomadaire, n'en est pas moins une loi du travail. Le sociologue polytechnicien du XIXe, Frédéric Le Play, estimait d'ailleurs, dans L'organisation du travail, que "l'ensemble des pratiques établies sous l'influence [du Décalogue], dans l'exercice des professions usuelles, constitue partout la meilleure organisation du travail".

Ce code du travail, assurant les ouvriers de droits fondamentaux et protecteurs, se retrouve dans le Talmud, lequel définit les droits et les devoirs de l'employeur et de l'employé : la rigueur dans l'accomplissement du travail salarié, les limites de ce que peut exiger un employeur, le moment de la paye, les règles de rupture de contrat bien plus strictes pour l'employeur que pour son salarié, les règles de redistribution des richesses en fonction de la production, et même le principe du droit de grève et de la convention collective.  

S'affranchir de son essence d'homme producteur

Le tikkoun olam, la "réparation du monde", qui s'exprime ici dans sa dimension de justice sociale, trouve également le shabbath pour allié dans sa dimension écologique. "Le judaïsme a décidé que tel est le modèle à réaliser : un homme puissant et créateur, mais aussi capable de mettre un frein à sa puissance et à ses créations", écrit Georges Hansel dans Explorations talmudiques. Le shabbath serait donc une sorte de manifeste du développement durable, une shmita – l'année de jachère prescrite par le Lévitique tous les sept ans – hebdomadaire permettant non seulement aux hommes de reprendre des forces, mais également à la terre de se régénérer.

L'homme, producteur par essence, accepte, par le repos shabbatique, de perdre en capital ce qu'il gagne en indépendance. Car c'est bien de cela qu'il s'agit, et qui permet de revenir à la sortie d'Égypte : garder le shabbath, c'est se garder de toute aliénation, aux hommes, aux richesses, au matériel, au temps, aux ressources, à la vie de la cité. Garder le shabbath, c'est libérer l'homme, chaque semaine, des chaînes de l'esclavage, sortir d'Égypte encore et encore, pour le tikkoun olam.
 

Antoine Strobel-Dahan

 


 

La semaine biblique de sept jours serait-elle universelle ?


Alors que les trois religions monothéistes, pour établir leur calendrier, n’adoptent pas le même système à partir du cycle du soleil et celui de la lune, il est surprenant qu’elles s’accordent sur le cycle des semaines qui ne correspond à aucun phénomène observable. Non seulement aucun astre visible n’a un cycle de sept jours, mais de surcroît le chiffre 7 n’a rien de naturel. Pour l’espèce humaine, des semaines de cinq ou dix jours auraient été plus "naturelles". Hormis le récit de la Genèse, rien ne permettait a priori de se mettre d’accord pour le chiffre 7. Y aurait-il un consensus involontaire, inconsciemment imposé ou inconsciemment accepté par toute l’humanité, qui la pousserait à célébrer, volontairement ou non, le cycle des six jours de la Création et du shabbath qui s’ensuivit ? 

Jacob Ouanounou, extraits de La Clef des temps (Kedman, 2009).


 

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Entre deux temps
D.Horvilleur
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S.-A.Goldberg
Spécificités juives du décompte du temps


Improbable union de la lune et du soleil
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Rivalité des astres dans le(s) calendrier(s) juif(s)


Havrouta
F.Maiza, S.Grzybowski, J.Bouzy
Le temps à travers trois traditions


Le shabbath insurgé
A.Strobel-Dahan
Révolution sociale et écologique du jour de repos


À la racine du mot "temps"
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Comment l’hébreu dit-il les différents temps ?


"Seul le temps échappe au temps"
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