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Le prophète Élie est l’incarnation de la piété et de la ferveur religieuse. S’il est souvent considéré comme une figure de référence, l’exégèse traditionnelle ne s’est cependant pas privée de nuancer l’exemplarité d’Élie en soulignant son intransigeance et sa violence.
Dans un célèbre passage biblique, Élie s’adresse à Dieu et critique ses coreligionnaires en disant : "[Ils] ont abandonné Ton alliance" (I Rois, 19 : 14). De quoi s’agit-il ? Traditionnellement, l’alliance (brith) désigne un commandement biblique précis : celui de la circoncision. Élie accuse ses contemporains d’avoir renoncé à ce signe d’appartenance au peuple juif qui marqua jadis, avec la circoncision d’Abraham, les débuts de l’hébraïsme.
La lourde accusation d’Élie – sûrement fondée – l’accompagnera pour longtemps. En effet, selon une tradition midrashique, Dieu a annoncé à Élie, à la suite de ses propos, que désormais aucune circoncision n’aurait lieu au sein du peuple d’Israël sans qu’il y soit présent. Aujourd’hui encore, des chants en l’honneur du prophète Élie sont récités avant la circoncision et la chaise sur laquelle s’assoit le porteur du bébé (ou parfois une autre chaise laissée vide) est désignée comme "trône du prophète Élie". Sa présence virtuelle à toutes les circoncisions est considérée par certains comme une récompense pour son attachement à cette pratique. Pour d’autres, au contraire, cette présence est à considérer comme un acte de réparation (tikoun) : Élie a voulu accuser son peuple d’abandonner l’alliance, il sera donc éternellement témoin de l’attachement des juifs (même très éloignés de la tradition) à ce commandement.
Mieux encore, selon une antique tradition, toutes les personnes participant à une circoncision sont pardonnées de la totalité de leurs fautes ! Et cette expiation fait suite au dialogue suivant, rapporté par le Midrash, entre Dieu et son prophète :
"- Tu as accusé Mon peuple d’avoir abandonné l’alliance, tu seras désormais “l’ange de la brith” et tu assisteras à toutes les circoncisions pour constater, durant des millénaires, que Mon alliance reste vivace parmi Mes enfants !
- Mais Tu connais, Mon Dieu, mon zèle et mon dégoût pour les impies… Si le père du bébé est un pécheur, il me sera insupportable de me tenir à ses côtés !
- Qu’à cela ne tienne, Je pardonnerai toutes ses fautes et il sera considéré comme un juste !
- Mais si le mohel est un pécheur ?
- Je lui pardonnerai également toutes ses fautes…
- Mais si les invités présents sont euxmêmes éloignés de Ta sainte Torah ?
- Je pardonnerai leurs fautes à toutes les personnes présentes !" (Béréshith Raba sur parashat Pinhas).
La bienveillance divine répond aux accusations du prophète. Plus il accuse, plus Dieu pardonne.
La présence d’Élie à chaque brith, l’obligeant à témoigner de la fidélité de ses coreligionnaires aux valeurs ancestrales, a donc pour but d’offrir au prophète l’occasion de devenir avocat et non plus accusateur.
Dieu reproche donc à Élie son intransigeance. Le prophète empiète sur les prérogatives divines. C’est à Dieu de juger les hommes et non pas à Élie. Un autre midrash renforce cette idée à partir de l’expression qu’emploie Élie : "Ils ont abandonné Ton alliance". Les rabbins placent dans la bouche divine les mots suivants, en réaction aux accusations d’Élie : "Tu as raison de rappeler que c’est Mon alliance et non la tienne ! En quoi cela te regarde-t-il donc !" (Shir hashirim Raba, 1) Autrement dit : "Ne te mêle pas de Mes affaires, si c’est pour instruire à charge le procès de tes frères".
La leçon vaut pour chacun d’entre-nous : apprendre à porter sur l’autre un regard bienveillant et non pas accusateur et réducteur.
Rabbin Sébastien Allali
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Le prophète Élie va donc être le témoin éternel de l’attachement des juifs au commandement de la brith mila, de l'alliance par la circoncision. Cette chaise d’Élie raconte l’attachement éternel du peuple juif à ce commandement. C’est une chaise infinie, faite d’une succession de chaises qui mettent cet attachement en perspective. Le nouveau-né, porté par le sandak (le parrain) ou par le père, assis sur la chaise, va devenir à son tour sandak ou père, assis sur la chaise. Un nouveau nouveau-né sera circoncis, qui lui-même deviendra sandak, ou père, et sera lui aussi assis sur la chaise, et ainsi de génération en génération.
Elie Papiernik
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Une promesse
La présence bienveillante, à chaque circoncision, d'Élie le prophète – celui-là même qui annoncera l'imminence de la venue du Messie –, rappelle au miracle de la vie et à la magie de ses productions.
Élie nous rappelle que chaque enfant est un roi qui porte en lui bien plus que nos espoirs, bien plus que notre mémoire ou notre histoire familiale, un roi qui porte celles du peuple juif et des attentes dont il est dépositaire. Un enfant ouvre sur tous les possibles, sur l'avenir dont on sait combien le judaïsme a le souci : en témoigne sa foi en l'éducation.
Élie en suggère un but : la venue du messie, dont chaque enfant élevé dans la sagesse est la promesse.
Manuel Maidenberg, pédiatre et mohel
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