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Lors de l’office de shabbath et des fêtes, nous faisons la lecture, après la kriath hatorah (lecture de la Torah), de la Haftarah, sélection de l’un des textes des Neviim, (Prophètes). Le terme araméen Haftarah est dérivé de la racine pé-tet-resh (se séparer). On a souvent expliqué la lecture de la Haftarah comme une réponse aux persécutions séleucides, lorsqu'en 165 avant l'ère chrétienne, Antiochus IV Épiphane fit notamment interdire l'étude et la lecture de la Torah. Les textes de la Haftarah auraient donc été choisis soit pour leur thème permettant d’établir un lien avec la parasha de la semaine, soit comme indication permettant de se repérer dans le calendrier. Par exemple, lorsque nous lisons la parasha Beshallah qui inclut le Shirath Hayam, le chant entonné par Moïse célébrant la traversée de la Mer Rouge, nous lisons comme Haftarah un autre chant, celui de la prophétesse Déborah célébrant sa victoire sur les Cananéens ; lorsque nous sommes dans les sept semaines solennelles précédant Rosh Hashana, nous lisons les haftaroth de consolations. Le Talmud de Babylone, Meguillah 29, b suggère également une volonté de rapprocher les thèmes de la Haftarah de la parasha. Salomon Rapoport interprète le mot araméen haftartah comme signifiant « la fin de l’office » puisque la lecture se faisait en conclusion de l’office de shabbath et des fêtes. Cependant, le rabbin Ismar Elbogen rejette cette inter prétation en indiquant qu’il n’y a aucune preuve historique permettant de le supposer. Pour lui, le terme haftartah conclut la lecture de la Torah pour le jour. L’origine de la lecture de passages spécifiques de Neviim peut être reliée historiquement au souhait des Pharisiens d’étayer leur interprétation de la Torah en s’appuyant sur les Neviim face aux Sadducéens. À l'époque du Second Temple, Pharisiens et Sadducéens s'affrontent ; les premiers – qui engendreront le judaïsme rabbinique – revendiquent l'héritage d'Ezra et reprochent aux seconds – qui forment une sorte d'aristocratie sacerdotale politiquement influente – une certaine compromission paganiste. Les Pharisiens, pour lesquels la tradition orale faisait autorité au même titre que la tradition écrite, voulaient éclairer des textes prophétiques leur posture religieuse. Selon Joseph Rabbinowitz, les premières lectures de la Haftarah instaurées auraient été celles pour les fêtes et certains shabbath, les lectures pour les shabbath « classiques » ayant été fixées plus tardivement. La Haftarah est lue uniquement à shabbath et à l’occasion de fêtes majeures. Elle n’est pas lue en semaine, même durant Hol Hamoèd ou à Rosh Hodesh (Talmud Meguilah 21, a). Si ces jours sont des célébrations, le travail n’y est pas interdit. Une interprétation pragmatique de cette omission veut que les rabbins ont souhaité ne pas prolonger l’office afin de ne pas retarder les personnes qui devaient aller travailler. Il y a une volonté de distinguer l’acte central et sacré qu’est la lecture de la Torah de la lecture de la Haftarah. Cette volonté se manifeste de plusieur façons : si les lois de lecture de la Torah exigent que celle-ci soit lue par un jeune ayant atteint l’âge de bar/bath mitsvah, ce n’est pas le cas pour la lecture de la Haftarah. De même, il n’est pas possible de dissocier la lecture de la Haftarah de la lecture de la Torah, afin de ne pas attribuer à la Haftarah un statut qui pourrait la placer au même niveau voire au-dessus de la Torah. En rendant la lecture de la Haftarah dépendante de la lecture de la Torah, les rabbins ont voulu souligner l’ascendance de la Torah sur le message des prophètes. Rabbin Célia Surget |
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