|
La tradition juive veut, depuis plusieurs siècles maintenant, que le judaïsme soit transmis par la mère. Pour autant, la plupart des unions mixtes aboutissent soit à une conversion, soit à un choix de double culture pour les enfants. Tenou’a a rencontré un catholique pratiquant qui a choisi d’être un facilitateur de l’éducation juive de ses fils.
C'est un shabbath matin, juste après les fêtes de Tishri, à l'automne 2010. Ému et fier, debout sur la bima, Dominique Bonnot énonce : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre", reprenant en français la parasha par laquelle son fils aîné, Benjamin Shmuel, vient de marquer son statut de bar mitsva. En prononçant le trente et unième verset de la Torah "Dieu examina tout ce qu'il avait fait, c'était éminemment bien", Dominique devait songer à ces seize années parcourues depuis que, par amour d'une femme et de Dieu, il avait fait un choix singulier. Lui, le Bourguignon, catholique croyant et pratiquant, issue d'une famille où l'on trouve des religieuses et des prêtres, allait épouser Laurence, juive sépharade d'Algérie. Ensemble, ils auraient des enfants, ces enfants seraient juifs, leur foyer serait juif et Dominique, lui, demeurerait catholique. Seize ans plus tard, Dominique revient sur ces choix qui ont fait de lui un "catholique alimenté de judaïsme et renforcé par lui dans sa foi". En rencontrant la femme qui deviendra sienne, il découvre le judaïsme, et se confronte d'abord à une série d'interdits. Il lui faut comprendre. Il s'en remet aux Soeurs de Sion à qui le concile Vatican II a confié la mission d'étudier les racines juives du christianisme afin d'en finir avec des siècles de négation de l'héritage. Il étudie l'hébreu biblique, s'ouvre à "une première connaissance de l'univers religieux juif, un émerveillement, une richesse qui viennent percuter ma foi de chrétien et me permettent de faire le choix du judaïsme pour mes enfants, assuré qu'il ne s'agit pas d'un choix au rabais, mais bien d'un choix valable par rapport à leur développement religieux, humain, social". À huit jours, ses fils sont circoncis, "c'est pour moi le signe que ces enfants sont juifs, un signe cohérent avec nos choix". Il va alors solliciter son beau-père, ses beaux-frères, pour que ses enfants soient légataires de tous les gestes de transmission qu'il aurait faits s'il avait été juif. "Par moment, j'aimerais avoir moi-même ces gestes, mes doigts me démangent, mais je me les interdis, explique-t-il. Je comprends ces gestes, jes les trouve beaux, je leur trouve du sens, mais ils ne m'appartiennent pas." Dominique a tant réfléchi à cette position, l'a confrontée au réel avec une conviction telle, qu'il en parle aujourd'hui comme si elle était la plus naturelle qui soit. "Je suis un élément facilitateur de la transmission, mais je ne suis pas juif. Je n'ai aucune peur, je m'attache à trouver la juste position de celui qui est endehors par sa foi mais en-dedans par ce qu'il a de plus cher, ses enfants. Je suis un en-dehors dedans." La question de la conversion s'est-elle posée à lui ? "Et bien, non. Ou alors jamais en ces termes". Dominique parle plutôt d'une belle-famille accueillante et respectueuse et une communauté qui l'a accepté "en tant que chrétien qui élève ses enfants juifs", assure Dominique qui ne semble pas conscient que cet accueil bienveillant a certainement aussi pour origine l'infini respect dont lui fait montre à l'égard du judaïsme. "Je ne pense pas qu'on choisisse généralement sa religion, développet- il. On naît là où on naît et le chemin parcouru à partir de là nous ouvre des choix". Et Dominique a choisi, mû par des convictions profondes : il n'aime pas plus le syncrétisme qu'il ne tolère le prosélytisme ni les attitudes intégristes. Et pour qu'ils grandissent, "il faut être cohérents dans l'éducation que nous donnons à nos enfants, il n'était pas question qu'ils se développent dans "le judaïsme du papa chrétien". Je n'importe pas ma religion dans mon foyer : c'est un foyer juif, casher, respectueux du shabbath, et nous avons l'obligation de donner du sens à ces signes. C'est là mon exigence par rapport au judaïsme : notre maison doit le vivre de l'intérieur ; si c'est uniquement pour la dimension sociale, cela ne m'est pas satisfaisant". Du côté de sa communauté, Dominique se réjouit d'y rencontrer des interlocuteurs curieux de son expérience, de ce judaïsme qui l'a affermi dans son christianisme. Et si, "depuis toujours, j'ai craint que l'on me reproche de n'avoir pas baptisé mes fils, cela ne m'a jamais été dit, et je ne pense pas que cela ait jamais été pensé". À l'automne prochain, son fils cadet, Nathan Yaakov, sera à son tour bar mitsva. Et demain ? "Je serai, moi, chrétien, père de mes enfants juifs, interrogeant et exigeant de leur judaïsme". Si on le questionne sur l'étape ultime de la vie, avec la même humilité, il répond : "J'ai fait un chemin de chrétien au milieu des juifs, c'est un choix particulier, donc ma destination, c'est d'être enterré là où, un jour, seront enterrés ma femme et mes enfants, dans un carré juif, si les juifs acceptent que je repose là comme un ami". Et de rêver : "Je n'ai qu'un désir vis-à-vis du judaïsme, ce serait d'être enterré dans un châle de prière, mais je ne sais pas si c'est possible." Il voit dans cet objet rituel un symbole d'une vie qu'il aura passée entouré de judaïsme et conclut : "Ah, ce serait bien qu'il me soit permis d'être enterré dans un talith, au nom de ce que j'aurai contribué à faire de chacun de mes fils un juif".
|
Delphine Horvilleur - rabbin
L'édito de la rédactrice en chef
Claude Halmos et Célia Surget
Le rôle des parents est de raconter à leurs enfants
Philippe Haddad - rabbin
Les parents de la Bible sont-ils des modèles ?
Jean-Pierre Winter
Honorer et craindre père et mère ?
Les quatre fils et la transmission
Hervé élie Bokobza
Les devoirs des parents et les buts de l’éducation
Le judaïsme comme base d'éducation
Wendy Mogel
Autour de best-sellers sur l’éducation juive
Marc-Alain Ouaknin- rabbin
Un alphabet familial
Sophie Nizard
Identité religieuse de l'enfant adopté
Homoparentalité juive et transmission
Martine Gross
Transmission par les couples homosexuels
Stephen Berkowitz - rabbin
Les testaments éthiques, ou la transmission de valeurs
Aldo Naouri
"L'éducation des enfants juifs"
Avital Chibane-Grinberg et Yaël Grin
Relation nouvelle entre les générations
Antoine Strobel-Dahan
Rencontre avec un père non-juif d'ados juifs
François Garaï - rabbin, et Joel Hoffman
L’inclusion des Matriarches dans la Amida
Ron Wolfson
Dix conseils pour un séder mémorable
Goldie Milgram - rabbin
Quel rôle pour les parents dans la bar/bat mitsva ?
Mathias Dreyfuss
Le séder hip hop klezmer de Socalled
Delphine Horvilleur - rabbin, et Élie Papiernik
Un nouveau "verre d’Élie" pour raconter l’espérance
Matthieu Rochette-Schneider
Un projet jamais abouti pour la synagogue Hurva




