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Grandir en tant qu’individu, en tant que juif, et en tant que famille est possible à l’époque de la bar/bat mitsva. On peut escompter satisfaction affective, ressourcement intellectuel et connexion spirituelle à travers sa préparation. Ce peut être une période merveilleuse et mémorable. Voici quelques façons d’y parvenir.
Comme les temps ont changé ! Des vies heureusement plus longues ont conduit à un phénomène inconnu des temps bibliques et médiévaux : l’adolescence qui, certainement, a allongé la durée de l’éducation par les parents. L’émergence relativement récente d’éducateurs juifs reconnus a conduit à un rite de passage radicalement différent de sa version talmudique, qui comporte une présentation des compétences pastorales de la jeunesse, telles que prononcer des divré Torah (force rabbinique transmise à la jeune génération), et cantiler la Torah et les prières de l’office (force officiante transférée). Cette professionnalisation a conduit à construire une « parentalité juive », à renforcer le rôle de la famille étendue et à élargir le fossé entre le début de l’adolescence et le moment du rite de passage. C’est cet intervalle que les parents peuvent conquérir de plusieurs façons très significatives. Plutôt que de servir de maîtres tyranniques et plutôt que la souffrance et l’anxiété que les parents endurent avant le nahat rouah, le « soupir de soulagement et de libération », ou nahas (joie en yiddish) du jour du rite, cet article propose une philosophie et une approche différentes pour les parents. Créer une préparation de bar mitsva emplie de sens et mémorable commence par transmettre au cercle étroit de votre famille les conseils des professeurs et responsables religieux, afin de développer des buts et des objectifs riches pour cette période de la vie. Orienter votre enfant vers les compétences pour vivre une vie centrée sur les mitsvoth et non pas sur lui-même est un objectif majeur – souvent non formulé comme tel – du rôle de l’éducation juive et de la préparation à la bar/bat mitsva. Les parents d’aujourd’hui, tout comme ceux des temps talmudiques, sont soumis à la centralité de leur foyer juif dans l’humanitas (ou l’art de faire de ses enfants des adultes, selon Cicéron), qui s’articule à travers la préhension d’une conscience de soi, enracinée, fière et savante de son judaïsme. Dans les années qui ont suivi mon doctorat dont les recherches portaient sur l’encadrement efficace des jeunes bné mitsva d’aujourd’hui, ont émergé bon nombre d’axes possibles de développement à travers une éducation juive volontaire. Je les appelle les Axes Sacrés existant pour ceux qui aspirent à devenir bar ou bat mitsva. 1) Les parents se déchargent de leur rôle de maîtres pour le confier aux membres de la famille du bar/bat mitsva. 2) Les jeunes cessent d’attendre que l’on s’occupe d’eux comme des enfants, pour devenir de jeunes adultes préoccupés des autres en apprenant à reconnaître, respecter et considérer les besoins des autres et à agir en conséquence. 3) Les jeunes cessent de se comporter en invités pour assumer la mitsva de l’entraide en accomplissant des tâches d’accueil des invités. 4) Les jeunes, inaccoutumés à endosser des responsabilités lourdes, sont encadrés pour devenir de jeunes adultes en route vers l’accomplissement de la mission capitale de devenir des bné mitsva. 5) Les jeunes, qui découvrent des interprétations traditionnelles de la Torah, sont également guidés pour trouver une signification personnelle à vivre à travers le prisme de la Torah. 6) Les étudiants, habitués à recevoir l’information de façon passive, sont formés afin de pouvoir transmettre du signifiant, en acceptant le défi de la bar mitsva qui les investit du rôle de nouveaux professeurs de Torah. 7) Les parents désemparés qui engagent des professeurs particuliers deviennent alors des parents responsables, qui recherchent des éducateurs sensés, y compris parmi la famille, les amis et les professionnels. 8) Les jeunes sont accompagnés dans une nouvelle lecture de l’histoire de l’Exode comme « notre texte », de sorte qu’ils comprennent comment les gens, comment notre peuple changent ou ont changé, comme eux-mêmes passent de l’enfance à l’âge de jeune adulte. 9) Les jeunes quittent la culture de l’égo du XXIème siècle pour réaliser avec délice qu’ils font partie intégrante d’une « tribu » extraordinaire possédant une culture riche et plurielle, des pratiques spirituelles et des modèles de vie centrés sur les mitsvoth. 10) Les jeunes, qui sont presque inconscients de leurs propres capacités, sont poussés à éveiller leurs talents, leur force d’apprentissage de façon créative à travers la préparation à la bar mitsva, et deviennent ainsi de jeunes adultes se préparant à travailler comme bâtisseurs culturels, politiques et religieux de l’avenir juif. 11) Les familles, habituées à des célébrations de bar mitsva dont l’acteur principal est souvent le traiteur, deviennent les défenseurs du renouveau de la culture juive en invitant des artistes juifs, des conteurs, des danseurs folkloriques, des enseignants, des humoristes. 12) Les parents, la jeunesse et les éducateurs sont amenés à changer : au départ ils parlent de Dieu, puis ils finissent par expérimenter Dieu et cette expérience influe sur leurs choix de vie et leurs expériences dans la vie. 13) Les familles et les jeunes s’engagent dans des modes de vies centrés autour des mitsvoth, plutôt que centrés sur eux-mêmes. Le but, pour chaque étudiant, chaque parent et chaque famille est de devenir soi-même une mitsva. Autant de bénédictions pour une expérience la plus emplie de sens possible au cours de ce précieux voyage. Et une dernière pensée : si votre enfant résiste et n’est pas suffisamment développé, attendez. Bien souvent, l’éloignement du judaïsme peut découler du fait d’avoir été forcé à une préparation de rite de passage. S’il est prêt, votre équipe de travail deviendra saine et sainte et vous éprouverez un plaisir incroyable en faisant de votre enfant un jeune adulte compétent.
Rabbin Goldie MilgramIllustration : "... et Rebecca aimait Jacob" (Genèse 25,28) © Abel Pann
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Les racines authentiques du rituel de la bar/bat mitsva se trouvent dans le Talmud où le seul acte communautaire est celui du père déclarant à son minyan que son fils a été si bien préparé à vivre une vie centrée sur les mitsvoth que lui, son père, n’a plus besoin d’être responsable et d’assurer le comportement juif de son fils. En ces temps de bien plus grande différenciation des rôles entre les sexes, le Talmud insistait sur le devoir des mères de fabriquer des enfants centrés sur la mitsva, tandis que les pères se concentraient sur leur lieu de travail et la synagogue.
Rabbin Goldie Milgram


