La conversion

Le « peuple élu » a-t-il pour vocation de faire entrer en son sein ceux dont les lointains ascendants n'auraient pas été présents au pied du Mont Sinaï lorsque Dieu se révéla aux enfants d'Israël ?

Bien que le judaïsme ne soit pas une religion prosélyte, son message se veut universel. Tant la Bible que la littérature rabbinique, ou encore la liturgie sont porteurs de l'espoir qu'un jour tous les peuples de la terre reconnaîtront le Dieu d'Israël et accepteront ses préceptes.

La Bible multiplie les exemples de prosélytes : Asnath, la femme de Joseph, Séphorah, la femme de Moïse, ou encore Ruth, arrière grand-mère du Roi David ! Le Talmud se montre également accueillant vis-à-vis des prosélytes, considérant l'acte de conversion au judaïsme comme un acte de courage, à l'heure des persécutions romaines. À cette époque, les conversions en vue d'un mariage étaient acceptées. Cette acceptation sera abolie par le Shoulkhane Aroukh[1] au 16e siècle. Le judaïsme libéral considère que de nos jours, la menace d'assimilation est réelle et que nous agissons dans l'esprit du Talmud en acceptant ce type de conversion.

Pour le judaïsme libéral, il n'existe pas de « conversions faciles ». Chaque démarche implique la personne, demande un renoncement et des efforts certains. Le/la candidat/e à la conversion devra dans un premier temps rencontrer un rabbin et lui exposer ses motivations. Sur ce point précis, ce qui oppose le judaïsme non-orthodoxe au judaïsme orthodoxe est l'intention. Pour ce dernier, l'intention doit être désintéressée. Ainsi, une conversion en vue d'un mariage représente un intérêt qui ne peut être accepté par les autorités rabbiniques orthodoxes. Le judaïsme libéral, pour sa part, se penche davantage sur la sincérité du candidat. Ce dernier point conduit les rabbins à apprécier leur responsabilité en tant que dépositaires de la Loi juive face à un taux croissant, et à terme dangereux, de mixité et d'assimilation. En ne permettant pas au conjoint non juif d'entrer dans le judaïsme, on
« perd » bien souvent le conjoint juif et ses enfants.

Après cet entretien préliminaire, et si le rabbin juge la personne apte à se convertir, c'est-à-dire présente des gages de sincérité et d'engagement durable dans le judaïsme, le/la candidat/e se rapprochera de la communauté, participera à ses activités, aux offices religieux, etc. et pourra intégrer le cours d'introduction au judaïsme pendant 18 mois. Au terme de cette période, le rabbin décidera si le candidat est prêt à être présenté devant un Beth-Din[2]. Le candidat aura préalablement passé un examen écrit. Le Beth-Din appréciera les connaissances du candidat, ainsi que son implication dans la communauté (notamment connaissance de la liturgie et du sens des prières).

S'il s'agit d'un candidat, il doit impérativement être circoncis ; si toutefois il est déjà circoncis, une cérémonie hataffat dam brit, « écoulement du sang de l'alliance » a lieu. Dans tous les cas, le candidat, homme ou femme, doit s'immerger dans le Mikvé[3], et choisir un nom biblique, signe de son entrée dans la communauté d'Israël. Il est d'usage, dans les semaines qui suivent la conversion, d'appeler le/la converti/e à la Tora.

Les actes de conversion pratiqués par les Bathé-Din de communautés non-orthodoxes (libérales, reforms, conservatives, massorati, etc.) ne sont pas reconnues par les autorités consistoriales en France. Toutefois, le/la prosélyte converti/e dans le cadre de ces communautés sera reconnu/e comme juif/ve par toutes les communautés non-orthodoxes à travers le monde (ce qui représente la large majorité des communautés juives), et sera considéré/e comme juif/ve par l'État d'Israël, bénéficiant ainsi de la Loi du retour qui autorise chaque juif à pouvoir réaliser son alya.

Dans tous les cas, le judaïsme libéral ne pratique pas de mariages mixtes. Les rabbins libéraux ne marient que des Juifs, qu'ils le soient par naissance ou par conversion.


[1] Codification de la Loi juive par Joseph Caro de Safed.

[2] Tribunal rabbinique composé d'au moins trois rabbins.

[3] Bain rituel.